PAUPIÈRE - A JAMAIS PRIVÉ DE RÉPONSEGenre : SCÈNE FRANÇAISE | Label :  ENTREPRISE | Sortie le 13/10

Chantées à trois voix, ces douze chansons de pop synthétique contiennent ce même genre de césures, multipliant ainsi les possibilités d’interprétation. Ce sous-texte au cour du texte, qui décompose chaque phrase comme un entomologiste dissèquerait le papillon de la réalité nous fait tout entendre «d’une autre manière » comme ils le chantent sur le titre d’ouverture. Ainsi l’injonction meurtrière « Lâche la détente / Et la balle va loin /Tire au hasard /Ta cible est floue », évoque aussi bien Taxi Girl (Aussi belle qu’une balle) que leur camarade de label, Fishbach, et ses tirs au hasard (Mortel). Ces petits exercices polysémiques et poétiques, probablement en raison de leurs origines québécoises, font tout le sel et l’originalité des paroles du trio. Sur « Rex » – premier single et carton radio au Canada – la langueur du chant en français alliée à des rythmes digitaux fait merveille, créant un genre sans équivalent chez nous. La sensualité souterraine de Paupière et le triangle glamour et flamboyant qu’ils forment sur scène les rapprochent ainsi d’autres montréalais mariant ambiguïté queer et dance-music, comme Marie Davidson, Jef Barbara ou Peter Peter. Mêlant synth-pop anglaise et chanson francophone, Paupière est aussi un groupe «néoromantique », mais alors vraiment « néo », c’est-à-dire updaté 2017.

Si on entend des échos de Human League, Deux ou Depeche Mode, les trois voix entrelacées chantent moins l’hédonisme des années 80 qu’un certain désenchantement contemporain. On n’est pas loin des films de leur compatriote Xavier Dolan, avec qui ils partagent cette vision d’une communauté de destins entre ultra romantisme et désespoir.